Bertrand Hartmann, président de Parents Vacances
Bertrand et Gaëlle Hartmann fondent en 2019 l’association Parents Vacances. Rencontre avec Bertrand Hartmann, qui préside l'association.
Qu’est-ce que Parents Vacances ?
Parents Vacances, c'est une innovation sociale qui permet de mettre en relation des propriétaires de résidences secondaires ou principales, en tout cas de maisons de vacances, et des familles en difficulté qui n'ont pas les moyens de partir en vacances. Les familles sont accompagnées tout au long de l'année par des associations partenaires comme, par exemple, le Secours Catholique, les Maisons des familles, Habitat et Humanisme. Cette mise en relation permet à ces familles en précarité de partir gratuitement en vacances chez ces hôtes solidaires.
Comment est née l’association Parents Vacances ?
Elle est née très simplement d'un moment à table avec une de nos filles qui nous a dit qu'elle avait une copine qui n'aimait pas les vacances. Et ça nous a intrigué. En réalité, on a vite compris que cette jeune fille ne partait pas en vacances, parce que ses parents n'avaient pas les moyens. On avait à cette époque une maison dans le sud de la France, dans l'Hérault, du côté de Lodève. Et on s'est dit que ça serait super de pouvoir en faire profiter des familles qui n'ont pas les moyens de partir. Donc on a cherché un dispositif qui permette de le faire de façon sécurisée. Et comme ça n'existait pas, on a créé l'association Parents Vacances en partant effectivement de zéro.
Vous parliez d’associations partenaires, comment ce lien s’est fait ?
Comment on a établi les partenariats ? Eh bien simplement en allant solliciter des associations. La première qui nous a répondu c'est Habitat et Humanisme Rhône qui nous a dit, oui, effectivement, on a des familles qui ont des situations financières tellement tendues qu'elles ne partent pas en vacances et que les enfants ne partent pas en vacances. Et de là est né le partenariat. Et puis petit à petit, ça a intéressé beaucoup d'autres associations.
Et est-ce que vous envisagez de nouveaux partenariats ? Par exemple si des structures membres du réseau de VO sont intéressées ?
Oui, tout à fait. On est très ouvert à envisager de nouveaux partenariats en sachant que d'année en année, on doit en permanence assurer l'équilibre entre le nombre de propriétaires solidaires qui est croissant et le nombre de familles qui est comme vous le savez tous exponentiel. Donc on s'ouvre à de nouveaux partenariats, mais dans la mesure de l'accroissement du nombre de propriétaires. Recruter de nouveaux propriétaires est un de nos chevaux de bataille. Notre développement, c'est avant tout d'arriver à convaincre des hôtes solidaires de prêter leur maison de vacances pendant une semaine. Et au fur à mesure de ce développement, on a effectivement besoin de trouver des partenaires nouveaux pour nous adresser des familles qui correspondent à ce besoin.
Comment faites-vous pour démarcher de nouveaux hôtes, parce ce sont des personnes individuelles, il n’y a pas de structure identifiée ?
On les trouve grâce à la médiatisation. On les trouve aussi parce que beaucoup de ces hôtes solidaires viennent vers nous après avoir fait une recherche sur Internet parce qu'ils ont eu la même démarche qu'on avait eue initialement avec ma femme de vouloir prêter leur maison de vacances.
Et puis on les convainc par la simplicité et l'efficacité du dispositif et aussi parce qu'il est très sécurisé. On a tout un process avec un certain nombre de jalons comme par exemple, la signature d'une convention de prêt à titre gratuit ou, et c'est très important pour les propriétaires, la mise à disposition gratuite d'une assurance grâce à notre partenariat avec Europ Assistance.
Quel bilan tirer de ces 7 années d’existence, bilan humain, bilan chiffré ?
Vraiment ce que j'en retiens avant tout ce sont les rencontres, c'est le volet humain. C'est Anna qui à la fin d'une visio - on fait toujours une visio avant le séjour avec les propriétaires - au bord des larmes, dit à François qu'il va l'accueillir à la Plagne. « Ah mais c'est génial. Je vais pouvoir dire à mes 3 garçons qu'on part en vacances. » Ce sont des dizaines et des dizaines de d'exemples de familles qui partent souvent ensemble pour la première fois. C'est le père de famille qui dit « Le principal, le premier bénéfice des vacances c'est qu'on a pu manger ensemble. » Parce qu’il nous explique qu’il a 5 enfants et que la maison à la montagne qui lui a été prêtée est assez grande pour qu'ils mangent tous ensemble parce que dans leur minuscule appartement, ils mangent tout le temps en deux fois. Des exemples comme ça qu'on a à la pelle et ils donnent tout le sens du projet et tout le sens des rencontres entre les hôtes solidaires et les familles.
Et puis bien sûr, on veut développer aussi en termes de volume de séjours, parce que les besoins sont immenses, même si la priorité c'est la qualité. Aujourd'hui, on a réalisé à peu près 250 séjours depuis la création de l'association en partant de zéro, ça veut dire un peu plus de 1000 personnes qui sont parties. Et le chiffre s'accroît d'année en année puisque sur ces 250 séjours, on en a réalisé plus de 80 sur la seule année 2025 ; c'est la meilleure année depuis la création de l'association.
Un objectif pour les années qui viennent ?
Un objectif chiffré, oui. Il y a plus de 3 millions de résidences secondaires en France. On se donne un objectif à la fois ridicule et très ambitieux : en convaincre 1 pour 1000. Et si on arrive à en convaincre 1 pour 1000 dans les 5 ans qui viennent, ça veut dire qu'on fait 3000 séjours et donc plus de 10000 personnes qui pourront bénéficier des séjours.