À Mayotte, L’association Manoufa Ya Messo fait de la mobilité et des vacances un apprentissage de l'autonomie
Cet automne, neuf jeunes Mahorais partiront pour la première fois avec Sac Ados. Direction Madagascar pour les uns, un tour d'Europe en train pour les autres. Derrière ces départs : une équipe de bénévoles du nord de l'île qui construit, projet après projet, un véritable parcours vers l'autonomie.
Deux projets, deux horizons
À Bouyouni, village de 2000 habitants de la commune Bandraboua, au nord de Mayotte, les préparatifs des vacances vont bon train. Neuf jeunes, âgés de 18 à 22 ans et accompagnés par les associations du collectif #Bouyouniça bouge ! dont fait partie l’association Manoufa Ya Messo et Mayotte Entraide Étudiants (M2E), s'apprêtent à partir en octobre.
Fatima, Soilihati, Houssoime et Harouna mettent le cap sur Madagascar, à trente minutes de vol. Une destination très proche, et pourtant méconnue des jeunes qui s'y rendent. Certains villages de Mayotte parlent malgache, mais pour ces quatre jeunes — deux filles, deux garçons — ce séjour de deux semaines sera une véritable découverte culturelle et linguistique. Au programme : visite de l'université, rencontres avec la mairie et les associations locales, randonnées, et quelques journées libres pour souffler. Un projet porté par l’association Mayotte Entraide Étudiants et qui fait intervenir les bénévoles de Manoufa Ya Messo pour la préparation au départ, la formation interculturelle et parfois les formations linguistiques.
Antoine, El Yamine, Karim, Wasla et Nairah partent quant à eux pour un tour d'Europe en train. Au programme, Madrid, Barcelone, Milan, Munich, Dortmund. Chacun s'est vu confier la recherche de logement d'une étape : auberge de jeunesse ici, appartement là. Une répartition qui a transformé la logistique en exercice collectif — et qui réserve à chacun quelques surprises à l'arrivée. Comme pour chaque départ accompagné par l’association, les jeunes doivent choisir le fil rouge du voyage. Pour ces membres du club de foot local, il a été rapidement trouvé : le Tour des stades. Et pour Antoine, le choix de l’étape à organiser s’est fait sans hésitation : Madrid. Son rêve : « Voir le Santiago Bernabéu ».
Apprendre à voyager, étape par étape
L’apprentissage est au cœur des projets vacances portés par l’association Manoufa Ya Messo. À Mayotte, île de moins de 400 km², il n'y a pas de train. « Les transports en commun viennent tout juste d'être mis en service, il y a quelques mois à peine » nous dit Sitti, bénévole et coordinatrice, qui accompagne des projets vacances depuis plusieurs années. « Lors du premier voyage, ils ne savaient pas qu'il fallait monter dans le train, que personne n'allait leur dire quand monter », se souvient-elle. Se repérer dans une gare, identifier son train, faire un check-in à l'auberge de jeunesse, utiliser une application de navigation : autant de gestes qui semblent évidents quand on les a toujours pratiqués.
L'équipe a donc construit un accompagnement progressif. La première semaine du séjour, les jeunes sont encadrés : on leur montre comment prendre les transports, réserver, s'orienter. La deuxième semaine, ils sont en autonomie complète — logés séparément des accompagnateurs, dans la même ville, mais livrés à eux-mêmes.
La transmission joue aussi entre pairs : un ancien participant, aujourd'hui étudiant, aide le groupe à préparer ses trajets Interrail et à prendre en main l'application.
« Ils sont transformés »
Les effets, l'équipe les mesure bien après le retour. « Les parents m'ont dit : ils sont transformés, ils se gèrent tout seuls. On ne s'y attendait pas, on les voyait très dépendants. »
Un enjeu d'autant plus fort qu'à Mayotte, l'université est petite : la plupart des bacheliers doivent poursuivre leurs études à La Réunion ou dans l'Hexagone. Partir en vacances, ici, c'est aussi s'entraîner à partir tout court.
Car le départ reste rare. Sur une île où un aller-retour coûte environ 1 300 € par personne, et où les familles comptent souvent quatre ou cinq enfants, « si un jeune est parti une ou deux fois avant ses 20 ans, c'est déjà pas mal ».
Sac Ados : un coup de pouce qui change la donne pour les bénévoles
L'association a découvert Sac Ados fin février, grâce à une ancienne bénévole installée aujourd’hui au Puy-en-Velay. Quelques mois plus tard, le dispositif accompagne ses premiers départs et, au-delà des séjours, permet un vrai gain de temps pour l’équipe.
Créée en 2021, engagée dans la mobilité depuis 2023, l'association fonctionne uniquement avec des bénévoles tous avec un emploi à côté. Même s’ils peuvent souvent compter sur la solidarité de l’association voisine, Mayotte Entraide Étudiants (M2E), la rédaction des projets, le suivi financier Erasmus+, les animations, les préparations au départ… même réparti, le travail reste conséquent.
« La documentation comprise dans le sac nous évite de la préparer nous-mêmes. Le budget, par exemple : d'habitude on monte un fichier Excel que les jeunes remplissent au fur et à mesure. Là, la feuille est déjà là. Et l'assurance est incluse, ce qui nous évite d'appeler les assureurs, de vérifier des devis, de déposer les pièces. C'est une charge en moins. »
Les sacs eux-mêmes ont fait leur effet auprès des jeunes. Quant au matériel pédagogique, il vient compléter un travail d'accompagnement déjà bien rodé.
Pour cette première année, l'association a financé les packs sur ses fonds propres. Elle espère, à l'issue des séjours et d'une restitution devant les partenaires locaux, mobiliser des financements dédiés.
Et la suite ?
Les neuf jeunes géreront eux-mêmes le compte Instagram de l'association pendant leur séjour, photos, récits, traces du voyage.
De son côté, l'équipe réfléchit déjà à la suite : ouvrir le dispositif aux mineurs, avec des séjours à Mayotte même. Sans transport aérien à financer, le coût serait moindre. Et le bénéfice, lui, resterait entier : faire découvrir aux jeunes le lac Dziani, le mont Choungui, les villages voisins. Leur propre île, en somme.
Retrouvez le compte Instagram pour suivre les séjours
Premier départ le 1e octobre, second départ le 8 octobre.