• La lettre Vacances Ouvertes n°12 : nov-dec 2001 •
A la Une
Gros plan sur les non-partants par le CNT
Qui sont ces Français qui ne partent pas en vacances ? Combien sont-ils ? Pour quelles raisons ? Que faire pour faciliter leur départ ? C’est à ces questions que répond le rapport “ Incitation au départ des non-partants ”*, commandé en 1999 par le Secrétariat d’Etat au Tourisme à une commission du Conseil National du Tourisme (CNT), dont le rapporteur est la déléguée générale de Vacances Ouvertes, Michelle Rigalleau. L’occasion de mieux connaître ces “ non-partants ”, de faire le bilan des actions du tourisme social mais aussi de mesurer le chemin qu’il reste encore à parcourir pour que l’accès aux vacances soit le droit de tous. Première information : le taux couramment avancé de 40 % de non-partants est à réviser à la baisse. Il s’élèverait en fait à 36 % de la population. En termes de classes d’âge, ce sont les 20-24 ans et les plus de 60 ans qui partent proportionnellement le moins. Mais si l’on devait dresser le portrait type du “ non-partant ”, ce serait celui d’une femme, élevant seule ses enfants, originaire de la région du Nord et disposant d’un revenu de 7 000 francs par mois. A partir de cette fiche d’identité, on peut en déduire les raisons du non-départ : le manque de moyens financiers, l’isolement qui prive la famille d’un réseau d’accueil et l’absence d’une “ culture vacancière ” qui l’éloigne de ces “ bons plans ” réservés à “ ceux qui savent ”. Alors que faire ? Le rapport du CNT préconise différentes orientations, souvent inspirées d’expériences de terrain. On retiendra tout particulièrement l’importance de “ l’aide contributive ” qui doit remplacer “ l’aide distributive ”. Il apparaît en effet essentiel que les bénéficiaires prennent une part active à la préparation de leur départ. Les auteurs du rapport attirent aussi l’attention sur ces foyers privés d’aides financières, notamment celles qui sont attribuées par les CAF, car pas “ assez pauvres ” et qui échappent à tout dispositif. Enfin, ils demandent aux pouvoirs publics de soutenir les actions et de capitaliser les expériences de l’ensemble des opérateurs du tourisme social.
Vie du réseau
Le casse-tête des 35 heures
“Comment faire pour appliquer les 35 heures sans désorganiser le travail d’accompagnement des départs en vacances ?”, demande Jean-Luc Havez, directeur du centre social de Valentigney (Doubs). S’il ne remet absolument pas en question la loi de réduction du temps de travail, “qui correspond à une évolution de la société et qui a permis la création de postes”, Jean-Luc Havez remarque que son application pose de lourds problèmes de planning. “L’accompagnement d’un projet de départ en vacances n’a de sens que s’il se fait sur une année, ce qui sous-entend de nombreuses heures de préparation, sans parler du séjour en lui-même qui nécessite la présence continue des accompagnateurs”, rappelle Jean-Luc Havez. La récupération de ce “trop-plein” d’heures travaillées par rapport aux 35 heures va entraîner de longues périodes d’absence des travailleurs sociaux. “Les équipes ne vont pas être au complet pendant un, voire deux mois”, regrette Jean-Luc Havez. Difficile dans ces conditions de préparer la rentrée… et les prochains départs en vacances ! Alors, comment faire ? Jean-Luc Havez attend les réactions et les propositions du réseau.
Côté jeunes
La contrepartie des aides aux vacances autonomes des 15-25 ans
Doit-on demander un engagement concret au jeune en contrepartie de l’aide financière au départ en vacances qui lui est versée ? Si la réponse est généralement oui, la forme de cette contrepartie varie beaucoup selon les dispositifs.
Trois grandes tendances se dégagent :
- soit les jeunes doivent s’investir de façon tangible dans la préparation de leur projet (rencontres obligatoires et régulières avec le professionnel chargé de les suivre, validation par des devis, des choix de transports et d’hébergement…).
- - soit les jeunes doivent s’engager dans des interventions destinées aux autres jeunes (tutorat des groupes de l’année suivante, organisation de soirée, bénévolat dans du soutien scolaire…).
- Soit les jeunes " travaillent " pour la collectivité sous forme de chantier (nettoyage de tags…). Ce type de contrepartie, très prisée, se heurte cependant à un cadre légal désormais clair et contraignant (feuille de paie, contrat) trop rarement respecté ! Cette formule, très débattue, donne le sentiment à certains professionnels d’obliger les jeunes à " acheter " une aide qui a pourtant une vocation éducative.
Le calendrier d’exécution de la contrepartie pose lui aussi question.
S’il n’est pas toujours aisé de demander aux jeunes que la contrepartie soit réalisée avant le départ, cette solution reste la plus fiable. Elle permet de tester certains comportements du jeune avant de soutenir son projet de vacances.
Exiger la contrepartie au retour suppose l’établissement d’une forte relation de confiance entre jeune et professionnel. Or, la rentrée scolaire ou professionnelle éloigne rapidement le souvenir des vacances et des engagements pris à cette occasion !
Une telle formule nécessite donc qu’une réflexion soit menée sur la sanction à apporter au non respect de la contrepartie.
Poser la question de la contrepartie, de son organisation et de sa nature, c’est s’interroger sur le sens de l’engagement de l’institution dans cette démarche d’accompagnement et/ou de soutien matériel. Quelle est la nature du contrat passé avec le jeune à cette occasion ?
Un court dossier de synthèse sur l’ensemble de ces questions est disponible auprès de Vacances Ouvertes.
Un partenariat original
Nouvelle venue dans le dispositif Sac Ados, la Seine et Marne a connu un partenariat original. La Caisse d’Allocations Familiales et la Direction Départementale Jeunesse et Sports se sont associées pour offrir aux jeunes Seine-et-Marnais un dispositif d’aide au départ autonome en vacances.
Le succès a été au rendez-vous, tant pour les jeunes que pour les services jeunesse, associations et centres sociaux associés au dispositif. l’Observatoire des Vacances et des Loisirs des enfants et des jeunes afin de disposer d’un " outil de suivi et d’analyse " de ce secteur. L’observatoire a pour mission de conduire des études et des enquêtes, de mettre en place des dispositifs permanents d’observation et ensuite de diffuser les résultats de ses recherches. Son équipe travaille actuellement sur quatre sujets : une enquête sur les aides au départ en centres de vacances sous la forme d’un questionnaire adressé aux familles de quatre départements, une étude sur les contrats éducatifs locaux, une enquête sur l’animation volontaire qui s’appuie sur les témoignages de jeunes ayant passé le BAFA, et, en collaboration avec le Conseil national du tourisme, une enquête menée dans quinze départements qui vise à identifier l’ensemble des organisateurs de séjours afin de constituer un panel qui sera par la suite régulièrement interrogé sur les tendances d’offres de séjour. Les premiers bilans de ces travaux sont attendus pour la fin de l’année.
Côté Familles
Partir pour repartir par ses propres moyens
Le deuxième volet de la série consacrée aux critères de recevabilité des demandes de subventions se poursuit avec la limitation du coût des séjours.
En 2001, Vacances Ouvertes a fixé ce coût à 280 francs par jour et par personne (comprenant le transport, l’alimentation, l’hébergement, les loisirs et l’assurance).
Cette somme a été établie sur la base du coût moyen constaté sur les projets financés en 2000 (soit 211 F par jour et par personne), auquel ont été ajoutés 70 francs de marge de manœuvre afin de prendre en compte les disparités du budget transport.
En effet, le choix le plus courant des familles est de partir au bord de la Mer Méditerranée ou de l’Atlantique. Vacances Ouvertes n’a donc pas voulu pénaliser les structures porteuses du Nord et de l’Est de la France qui en sont, de fait, éloignées. Par ailleurs, le poste transports restant fixe, quelle que soit la durée des vacances, cette formule encourage les séjours longs, ce qui, selon nos analyses, correspond aux souhaits des familles.
Les projets qui présentent des coûts plus importants sont refusés parce qu’ils ne nous semblent pas permettre de ré-appropriation des projets par les bénéficiaires.
Une famille qui serait partie une année dans le cadre d’un séjour onéreux et tous frais payés serait peu à même de pouvoir reproduire ce type de vacances avec le seul soutien des aides dont elle peut directement bénéficier, types bons-vacances, chèques-vacances, ou aide du CCAS. La plupart des dispositifs d’aide aux projets associatifs étant limités dans le temps (aide aux premiers départs uniquement, par exemple), il semble cohérent de promouvoir les formules de vacances économiques et reproductibles, tout en respectant le désir de mer et de soleil des familles.





